Chanson bête


Chanson bête
Guénaëlle L. - Bruno Courtin

Depuis qu’elle était tout’ petit’
Mado aimait les animaux
Mais d’vant elle ils prenaient la fuit’
Pour essayer d’sauver leur peau
Sans dout’ leur instinct de survie
Leur soufflait : « Elle est dangereus’ ! »
Son amour était infini
Mais les bêtes étaient malheureus’s

Car par ses soins

Elle étouffa son chat
Lui montrant trop sa joie
Son chien fut étranglé
Un collier trop serré
Son canari joli
L’écrasa dans son lit
Changea l’eau du bocal
Son poisson prit ça mal
La tortue s’est perdue
Et n’a pas survécu
La queue de l’écureuil
Fut coupée par un treuil
Cupidon le hamster
A fallu qu’on l’enterr’
Et mêm’ les escargots
En avaient plein le dos
À la fin plus aucun
Ne passait par ses mains

Sa mère trouvant au marché
Un’ statuett’ plutôt inform’
Lui dit : « Tu vas t’en contenter
Car vraiment tu dépass’s les born’s. »
Mado examina la chos’
Se demandant quel animal
Pour un sculpteur avait pris pos’
Car on le reconnaissait mal

C’était un’ petit’ bête en bois
Qu’ell’ tenait enfin dans ses bras
En se disant eh ! bien ma foi
Cell’-là au moins ne mourra pas

Car elle avait

La tromp’ d’un éléphant
Mais pas de défens’ devant
Des oreill’s de lapin
Mais un bec de poussin
Le museau d’un p’tit veau
Et des patt’s de crapaud
Un’ bell’ crinièr’ de lion
Mais ros’ comme un cochon
Des écaill’s de boa
Des poils de chinchilla
Un’ corne de zébu
Avec des plum’s dessus
Un’ dent de caïman
Deux yeux d’orang-outang
Trois ail’s de chauv’-souris
Une langu’ d’okapi
Et la queue d’un lézard
C’était vraiment bizarr’

Et que pensez-vous qu’il advint
De cet objet inanimé
Mado comm’ la lampe d’Aladin
Ne cessant pas de l’astiquer
Objets avez-vous donc une âm’
Pourrait-on se redire encor’
Comm’ le voudraient parfois les femm’s
Ses rêves prenaient enfin corps

C’était un’ petit’ bête en bois
Qu’elle tenait enfin dans ses mains
En se disant eh ! bien ma foi
Cell’-là au moins ell’ m’ira bien

La bêt’ pouvait
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